Ron Yas parcourt les couloirs de l’Hôpital général juif tous les mardis avec une mission très simple : tout le monde a droit à de la crème glacée. Si un patient refuse, la crème glacée va à la personne qui l’accompagne à son chevet.
« Il n’y a pas de négativité dans ma vie, dit-il. Il n’y a que du positif. Et je veux que les gens se sentent positifs. »
Ron est bénévole pour L’espoir, c’est la vie depuis janvier 2026. Le mardi, il sert dans l’unité de soins palliatifs et à l’unité d’oncologie K7 à l’Hôpital général juif. Il est chaleureux, drôle, et d’un optimisme inébranlable. Il est aussi un amputé double qui utilise un fauteuil roulant. Il sera le premier à vous dire que tout cela n’a aucune importance.
À l’âge de 50 ans, Ron a reçu un diagnostic de maladie de Buerger, un trouble vasculaire rare qui affecte environ une personne sur un million. Cette condition cause la détérioration et la disparition des artères des extrémités. Il a passé près d’une année à l’hôpital Royal Victoria où il a subi sept interventions chirurgicales. Ses deux jambes ont été amputées sous le genou.
Des années plus tard, une complication a mené à une troisième chirurgie majeure : une amputation au-dessus du genou à la jambe gauche. Debout dans la salle d’opération avant l’intervention, Ron a regardé son chirurgien et a dit : « C’est la dernière partie de mon corps que tu vas avoir. »
Depuis, il marche et se déplace en fauteuil roulant avec cet état d’esprit.
Une dette qu’il voulait rembourser
Il a un lien profond avec les soins palliatifs Il y a environ dix ans, sa mère a reçu un diagnostic de cancer du côlon de stade quatre et a été transférée aux soins palliatifs en quelques jours. Elle est décédée peu de temps après, avec Ron à ses côtés.
Six ans plus tard, son père a été admis aux soins palliatifs suite à une crise cardiaque et à une chute qui a causé une hémorragie cérébrale. Ron a dormi à l’hôpital chaque nuit. Son père est décédé tôt le matin, peu de temps après que Ron ait été renvoyé à la maison pour se reposer.
Ce qui l’a marqué lors de ces deux pertes, ce n’était pas seulement le deuil, mais la qualité des soins.
« Ils ont été tellement gentils avec moi à l’unité de soins palliatifs quand j’étais là avec ma mère et mon père », dit-il. « Je voulais rendre la pareille. »

Il a donc contacté Rifka, la coordonnatrice des programmes de soins palliatifs et de soutien au deuil de L’espoir, c’est la vie. Il n’y avait pas de postes disponibles immédiatement, et un rôle au service des urgences ne correspondait pas à son horaire. Puis, en janvier 2026, Rifka a appelé. Ron a dit qu’il pouvait commencer n’importe quel mardi. Elle lui a dit de venir la semaine suivante.
« J’étais nerveux au début », admet-il. « Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. »
La nervosité a disparu quand il a rencontré son premier patient.
Deux étages avec des approches différentes
Ron partage maintenant ses mardis matin entre deux environnements distincts, et il approche chacun différemment.
Au service d’oncologie du K7, les patients sont là pour suivre un traitement. Beaucoup sont frustrés, anxieux et cherchent quelqu’un à qui parler. Ron décrit son rôle là-bas comme celui d’un bouc émissaire (punching bag). Il le dit sans se plaindre.
« Ils veulent parler beaucoup plus », explique-t-il. « Ils sont bouleversés par les traitements, par les infirmières, par ce qu’ils n’obtiennent pas. Si je peux aider, je vais au poste des infirmières. Je vais trouver la travailleuse sociale. Je vais faire tout ce que je peux. »
Les soins palliatifs demandent une énergie différente. La plupart des patients et des membres de leur famille savent ce qui s’en vient. Ron modère son enthousiasme, se présente simplement et se rend disponible.
Il apporte aussi quelque chose que peu de bénévoles peuvent offrir : il s’est assis dans cette chambre en tant que proche aidant trois fois, avec son grand-père, sa mère et son père. Il sait reconnaître les signes que la mort approche, et il a appris à partager cette connaissance délicatement avec les familles qui ne sont pas encore préparées à ce qu’elles vivent.
« Quand ils commencent à parler à des gens qui ne sont pas là », dit-il, décrivant un phénomène courant et souvent mal compris dans les derniers jours de la vie, « ce n’est pas loin du moment où ils vont mourir. J’explique cela à la famille. Je leur dis, « Ne soyez pas surpris. » »
Pas spécial, juste positif
Certains membres des familles arrêtent Ron dans le couloir pour lui dire qu’il est courageux. Il les écoute, puis il rectifie.
« Ne me voyez pas comme quelqu’un d’exceptionnel », leur dit-il, « parce que je ne le suis pas. Je suis comme vous. »
Depuis ses opérations, il vit selon une seule règle : pas de négativité.

« La négativité prend trop de place dans votre tête », dit-il. « Si vous êtes positif, vous ne réfléchissez pas trop. Ce ne sont que des pensées positives, tout le temps. »
C’est un conseil que Ron donne volontiers à tous ceux qui veulent bien l’écouter.
« Le monde est déjà assez fou comme ça. Soyez simplement heureux et oubliez tout ce qui est négatif si vous le pouvez. Mettez ça de côté et essayez juste d’être aussi positif que possible. »