J’allais avoir 70 ans. C’était déjà un événement important, mais l’univers a eu l’idée de m’envoyer un cadeau inattendu.

Je n’ai pas été immédiatement alarmée lorsque mes doigts ont détecté le gonflement au niveau de l’aine. Je l’ai fait remarquer calmement à la physiothérapeute que je voyais.

« Va faire vérifier ça », m’a-t-elle conseillé.

Mon rendez-vous était fixé deux semaines plus tard. Le médecin m’a examinée à la fin du mois d’avril.

Comme une planche de bois que l’on s’apprête à scier — une sensation que j’éprouverais de nombreuses fois au cours des mois à venir — je me suis allongée sur la surface dure et froide sous un grand scanner.

Les résultats sont arrivés rapidement. On m’a dit : « Vous avez un lymphome ».

Je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait, mais ces mots m’ont fait froid dans le dos.

Nous étions au début du mois de mai. Les arbres couvraient la ville d’une voûte vert pâle. Le ciel était d’un bleu éclatant, mais mon 70e anniversaire est arrivé et s’est envolé au milieu des visites chez l’oncologue, des scans et de l’annonce redoutée : « Vous devez subir six mois de chimiothérapie ».

N’existait-il aucun moyen naturel de lutter contre cette maladie ? Devais-je subir une chimiothérapie ? Le médecin et mes enfants m’ont assuré qu’il n’y avait pas d’autre solution. Le lymphome était agressif. Il n’y avait pas une minute à perdre.

Je me suis alors retrouvée à l’hôpital, déshabillée, drapée dans une chemise d’hôpital, portant une bande de plastique au poignet et reliée à des perfusions qui injectaient du poison goutte à goutte dans mon corps.


J’ai alors réalisé que je commençais un voyage offert par l’univers.

Qu’est-ce que je devais apprendre ? Je ne le savais pas, mais le sentiment d’être en voyage me donnait du courage. Je devais aiguiser ma conscience et rester aussi présente que possible dans le maelstrom.

Après une rechute l’année suivante — le cancer s’était propagé dans tout mon corps et dans ma colonne vertébrale — il était évident que la chimiothérapie et la radiothérapie ne fonctionnaient pas.

Je suis devenue l’une des premières candidates pour une immunothérapie contre le lymphome à grandes cellules B.

Aujourd’hui, des années plus tard, l’aventure du cancer, qui m’a semblé si étrangère et effrayante au début, s’est éloignée.

Ce que je ressens aujourd’hui, c’est une métamorphose, comme si j’avais perdu une peau et qu’une autre version de moi-même était devenue possible.

J’espère avoir appris à accepter la vie et tous ses défis, à m’adapter à des circonstances changeantes. J’ai appris que j’avais la force mentale de continuer à avancer.

Ce voyage m’a appris que je pouvais trouver de petits plaisirs en chemin, de l’humour dans les situations les plus inattendues et des moments de normalité au milieu de la précarité.

La routine m’a permis de me raccrocher à quelque chose de familier. C’est pourquoi, même lorsque je me sentais faible, j’essayais d’aller marcher. La promenade se limitait parfois à faire le tour du bloc, mais elle me donnait toujours un sentiment de bien-être et l’impression d’avoir accompli un rituel personnel important.

Tenir un journal m’a donné un objectif, un exutoire créatif qui, aussi minime soit-il, m’a ancrée et m’a aidée à me sentir connectée à moi-même.


L’« observatrice » en moi s’est développée et m’a permis d’être témoin, voire curieuse, des catastrophes et des miracles qui se produisaient. L’« observatrice » m’a empêchée de sombrer dans la peur. Elle m’a poussée à rester calme, à nourrir la conviction que tout se passerait comme prévu, même lorsqu’il n’y avait aucune garantie.

Viktor Frankel a inventé l’expression « entre le stimulus et la réponse, il y a un espace ». [*] Prendre de la distance m’a permis d’exercer un certain contrôle émotionnel sur la course folle dans laquelle je me trouvais.

Avec le recul, je me rends compte que ma confiance et ma foi envers le processus médical et ses facilitateurs, médecins, infirmières et techniciens, m’ont permis de rester centrée et de conserver une certaine tranquillité d’esprit pendant la majeure partie de la durée du traitement.

La confiance en l’efficacité des interventions médicales, et le fait qu’il vaut mieux avoir confiance que de se laisser aller au désespoir, m’ont donné un sentiment d’espoir tout au long du parcours.

La foi m’a donné de la force, malgré mon incapacité à formuler clairement ce que je ressentais.

Le fait de savoir que la vie est limitée m’a permis de me concentrer davantage, de rester plus présente et d’apprécier le moment qui passe comme il vient.

Est-ce que je vivrai éternellement ? Non.

Mais je suis reconnaissante pour chaque journée, reconnaissante pour le miracle d’avoir reçu le sang de quelqu’un d’autre, pour la sagesse des médecins, pour l’attention de la famille et pour l’incroyable recherche qui a conduit à l’immunothérapie qui m’a sauvé la vie.

* Viktor Frankel, « Découvrir un sens à sa vie »

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