Guy Djandji

L’unité de soins palliatifs de l’Hôpital général juif a pour mission de réduire les aspects négatifs de la maladie et de satisfaire aux besoins physiques, psychologiques, sociaux et spirituels des patients et de leur famille. Cette unité peut accueillir dix-sept patients et une quarantaine de bénévoles de L’espoir, c’est la vie y participent activement.

Depuis 2014 Rifka Hanfling, une diplômée en travail social, coordonne l’équipe de bénévoles. Sa mission : accompagner les personnes en fin de vie en leur apportant le réconfort et la sérénité pour mieux vivre l’ultime départ.

Rifka s’assure non seulement de la répartition des quarts de visite mais également de la formation des bénévoles. Elle leur apporte le support moral et affectif pour mieux effectuer leur travail. Faire du bénévolat aux soins palliatifs requiert, en effet, des talents et une prédisposition personnelle toute particulière. Il n’est pas donné à tout le monde de confronter la mort à tous les jours. « Savoir accompagner avec respect et compassion le patient et tenter de réaliser ses derniers souhaits peut s’avérer une expérience incroyable et gratifiante. Notre rôle vise à rendre ces derniers moments sereins et paisibles », insiste Rifka.

Quelles sont donc les qualités requises d’un bénévole pour affronter cette délicate relation avec un patient en fin de vie? « Il faut, à mon avis, avoir beaucoup de compassion et d’empathie et, surtout, savoir gérer ses propres émotions.  Tous les bénévoles doivent suivre une formation de six semaines en plus d’un stage pratique. Typiquement, la relation avec un patient peut durer de 3 à 4 semaines et elle est très intense. Le bénévole doit s’y investir totalement. La perte d’un patient est une expérience éprouvante émotionnellement ». Rifka conseille aux bénévoles de s’isoler et d’assumer la tristesse et le deuil ressentis. Il faut savoir pleurer. Elle leur dit que « le jour où vous ne pouvez plus pleurer, vous devez cesser votre bénévolat ».

Ce conseil est rarement suivi car les bénévoles poursuivent leur mission et y trouvent une grande joie. Pour le non-initié cela peut paraître surprenant. Rifka est catégorique : « Ce bénévolat apporte beaucoup de satisfaction », car le bénévole aide la personne au seuil de la mort à revisiter les grands moments de sa vie. Il lui  donne aussi du réconfort avec empathie et, par le fait même, il en tire de grandes leçons de vie ».

Aliza Dworkin, 23 ans, a déjà effectué plusieurs années de bénévolat, dont plus de deux ans avec L’espoir, c’est la vie. Son arrière-grand-père, Bernard Richler, a été une source d’inspiration dans son parcours. Depuis son adolescence, Aliza voulait devenir médecin et travailler auprès de personnes malades.  Son oncle, le Dr. Dworkin, lui suggère alors de faire un stage aux soins palliatifs.

Qu’est-ce qui a bien pu motiver Aliza à s’impliquer dans une œuvre aussi grave à un si jeune âge? « Au tout début, j’avais des réticences d’être si proche de la mort. C’est un sujet tabou, les gens n’en parlent pas, ils en ont peur. Et en effet, après mon premier quart de visite, je voulais pleurer et tout quitter. Mais aujourd’hui, je veux combiner mes ambitions d’être médecin et travailler aux soins palliatifs : C’est ici que je trouve de grandes satisfactions ». Aliza admet que c’est un défi considérable d’accompagner les patients dans les derniers moments de leur vie. « Il est important de les écouter et de le faire avec compassion et sensibilité. Cela exige une capacité à développer rapidement des liens de confiance. Il faut s’investir dans le moment présent, s’oublier, être disponible et ouvert à l’autre ».

Où trouve-t-elle la force pour poursuivre ce bénévolat si exigeant? « Après chaque tragédie, j’ai besoin de me ressourcer, de digérer l’expérience vécue et de réfléchir sur le processus qui vient de s’achever. Le support du groupe de bénévoles, et de Rifka en particulier, est essentiel pour retrouver l’énergie et l’enthousiasme afin de poursuivre mon travail ».

On devine que l’équipe de bénévoles qui œuvre aux soins palliatifs est « tissée serrée ».  Sous l’égide de Rifka Hanfling, elle est à l’image de la mission de L’espoir, c’est la vie  :  aider les personnes atteintes de cancer à mieux vivre avec cette maladie avant de quitter leurs proches.